Projet : SSR-BMZ/ Etude de cas : Engagement des leaders religieux pour la procréation responsable : Un Imam transformé et engagé à Adjengré dans Sotouboua 2
QUELLE EST LA SITUATION PERSONNELLE DE M. ABDOU RAHAMANE AU DEPART ?
Monsieur Abdou Rahamane est un religieux musulman de 54 ans vivant à Poupouni dans le canton d’Adjengré, commune de Sotouboua 2 (préfecture de Sotouboua).Titulaire d’un BAC islamique en 2010, il s’est perfectionné dans les études coraniques pour devenir Imam de son quartier. Il est actuellement enseignant coranique au centre islamique d’Adjengré. Né d’une famille monogame de dix (10) (enfants dont deux (2) filles et huit (8) garçons), il est le cinquième enfant de ses parents. Ses parents biologiques et cinq (05) de ses frères et sœurs ne sont plus de ce monde. Monsieur Abdou Rahamane est aujourd’hui père de famille de six (06) enfants dont quatre (4) filles et deux (2) garçons avec une seule femme. Sa fille cadette est en formation à CIFOP Sokodé. Sa fille ainée a eu son BAC A4 et a passé le concours de l’ENAM, en attendant les résultats, elle profite de son temps libre aux côtés du personnel soignant du CMS d’Adjengré en les aidant dans l’entretien du centre ; un de ses garçons est en année de licence au Campus de Lomé et son fils ainé est un couturier-brodeur à Lomé. Les deux filles restantes sont au lycée en classe de 1ère et Terminale A4. L’imam vit avec sa famille dans une maison en banco et a une mosquée sous sa responsabilité

TGO 10269, Photo de famille de Abdou Rahamane : sa femme à sa droite et ses filles, ce 13 février 2023, Adjengré, Poupouni, PIIA Sokodé.
Monsieur Abdou Rahamane occupe la place de conseiller au sein du comité des Imams d’Adjengré, de même que dans le comité des jeunes de son quartier. C’est un musulman moderne, bien que la religion musulmane exhorte ses adeptes à la polygamie, lui un musulman de surcroit un Imam n’a qu’une seule femme et ne pense plus ajouter une autre quelque soient les conseils de ses pairs. Aucun de ses ainés Imams n’a une seule femme comme lui. C’est un disciple influent qui est souvent consulté pour les cérémonies de mariages, baptêmes, décès et prières. Depuis qu’il a commencé par s’impliquer dans les activités des ONG, il se distingue des autres par la nature de ses décisions ; il s’oppose le plus souvent à certaines pratiques sociales qui sont acceptées par les autres musulmans telles que les mariages précoces et forcés, le trafic d’enfants, la déscolarisation de la jeune fille et surtout le non-respect des droits des femmes, filles et enfants. Il est aussi contre la réticence des conjoints et garçons à accepter l’utilisation des méthodes contraceptives par les femmes et les filles. Pour cette raison, il est mal vu par ses pairs musulmans qui font l’interprétation à tort des versets du Coran à leur faveur. C’est un leader qui défend les droits des enfants dans son quartier et dans sa communauté musulmane par des interventions ou des convocations des auteurs de violences au conseil du comité des sages de leur localité. C’est un leader religieux qui a bénéficié de beaucoup de formations sur plusieurs thématiques avec différents projets qui ont été mis en œuvre dans son canton. Il est vivement sollicité dans sa communauté pour toute activité liée à sa religion et certains problèmes d’ordre conjugal. Son quotidien se résume aux causeries éducatives avec ses pairs, à la résolution des problèmes familiaux et les prêches de chaque vendredi et dimanche soir dans sa mosquée.
Il est l’un des religieux qui parle couramment le français et l’arabe dans le canton. Il est en étroite collaboration avec l’Imam principal et c’est lui qui prépare les « Khoutbas » de l’Imam et les thèmes sur lesquels l’Imam principal doit développer son sermon. Grâce à son rang social et de son implication dans les activités sociales et islamiques monsieur Abdou Rahamane est un pilier sur qui la commune de Sotouboua 2 compte pour le développement de la communauté musulmane dans le milieu surtout à Adjengré. « Rahamane est mon bras droit dans notre communauté musulmane d’Adjengré. Il y a beaucoup d’Imams avec qui je travaille mais je m’entends bien plus avec Rahamane à cause deson humilité et son dynamisme. S’il ne s’implique pas dans une activité religieuse, rarement cette activité réussit. Nous discutons de temps à autre sur les versets qui édifient le peuple à chercher le paradis céleste, à plaire à Dieu mais rarement nos sermons touchent aux problèmes liés à la sexualité, à la reproduction et à l’éducation sexuelle, la communication entre les parents et les enfants. Je ne fais rien sans consulter Rahamane et lui aussi ne prend aucune décision sans mon aval. Nous coordonnons bien les activités religieuses et communautaires malgré nos différences. Je lui fais confiance, puisque c’est lui qui lit les documents en français et m’explique ce qui est dit en arabe et ensemble, nous décidons quoi faire ou dire aux fidèles. C’est lui qui écrit pour moi le sermon en arabe et moi connaissant déjà le contenu, (puisque nous échangeons d’abord sur les thèmes objet de prédication), lis et explique en prêtant des exemples conformes aux vécus quotidiens juste pour dénoncer certains faits sociaux, certains comportements ou actes que nous posons et pensions être bon. Depuis qu’on a décidé d’introduire dans nos sermons les thèmes liés au bien-être des familles, à l’éducation sexuelle, nous voyons que les gens sont intéressés et posent des questions en lienavec la religion. J’arrive toujours à m’en sortir grâce à Rahamane et la contribution de certaines bonnes volontés » Propos de l’Imam Principal. Dans ses sermons, l’imam intègre souvent les sensibilisations sur le savoir-vivre et la procréation responsable en dénonçant farouchement les mauvaises pratiques et décisions prises par les parents sur leurs enfants, la négligence de la femme et les mauvais conseils des musulmans à leurs frères et sœurs. Il encourage ses frères et sœurs à comprendre les sourates et à respecter les droits des femmes et filles puisque le Coran en dit beaucoup sur les obligations de l’homme envers sa famille soutenant ainsi ses propos avec l’exemple de l’Adith AL-Bukhâri « Chacun de vous est un berger et chacun de vous sera responsable de son troupeau, l’Imam est un berger et il sera responsable de son troupeau. L’homme est le berger de sa famille et il lui en sera demandé compte… ». Pour lui, tout peut se transformer à partir de l’éducation mais si le désordre perdure dans les familles, c’est à cause de l’analphabétisme des parents et le refus d’abandon des normes et croyances néfastes avec lesquelles chaque adulte a grandi et aussi l’héritage éducationnel reçu de la famille et de la communauté
COMMENT LE PROJET SSR TRAITE LE PROBLÈME DE LA SSR DES JEUNES ET ADOLESCENTS ?
Démarré en décembre 2020, le projet SSR-BMZ a pour objectif de renforcer les connaissances des jeunes filles et adolescentes ainsi que de leurs parents sur les Droits à la Santé Sexuelle et Reproductive (DSSR) et d’améliorer l’accès des filles aux services de santé sexuelle et reproductive. Ce projet couvre la préfecture de résidence de monsieur Abdou Rahamane ; il vise à doter les jeunes et adolescents des connaissances sur la SSR et permettre d’attaquer aussi les déterminants de la faible utilisation des services de contraception par les jeunes filles /femmes dont l’une des causes est la persistance des croyances et normes néfastes liées à la SSR.
En effet, les pesanteurs socioculturelles persistent au sein des communautés et empêchent les femmes et les filles de jouir de leurs droits à la santé sexuelle et reproductive.
Pour répondre à tous ces besoins et rendre l’environnement social favorable à la SSR afin de permettre aux filles et femmes de jouir de leurs DSSR, plusieurs activités ont été mises en œuvre dans le cadre du projet, il s’agit entre autres des :
- Discussions sur la masculinité positive menées dans les communautés par les « papas champions » ;
- Organisation de réunions de dialogues intergénérationnels (DIG) au sein des communautés ;
- Sensibilisations des jeunes et parents sur la SSR par les ASC à travers les visites à domicile et lors des activités de la clinique mobile dans les localités éloignées des formations sanitaires ;
- Sensibilisations des jeunes et adolescents regroupés dans les champs écoles et les groupements de culture de contre saison sur les DSSR ;
- Discussions avec les leaders communautaires et religieux sur la procréation responsable à travers l’outil RAPID ;
- Organisation des Plaidoyers par les femmes à l’endroit des Maires, chefs cantons et Imams pour arrêter le mariage précoce et forcé des filles ;
- Formation des femmes membres des comités de réseaux villageois de GE sur l’utilisation des outils de sensibilisation sur les DSSR.
Ces différentes activités contribuent à améliorer les connaissances des acteurs sur la SSR et à susciter un engagement communautaire dans la promotion des DSSR. Ces interventions aident les femmes et les filles à jouir davantage de leurs DSSR au sein des différentes communautés. Aujourd’hui, au sein des communautés, il y a des leaders religieux qui ont pris conscience du caractère préjudiciable des normes sociales sur les femmes et les filles. Beaucoup parmi eux accompagnent le projet à travers les discussions sur la procréation responsable au cours de leurs rassemblements. Ces actions participent à rendre favorable l’environnement social pour les filles et les femmes en matière des DSSR. « Depuis un certain moment, quand je suis avec les jeunes garçons, je provoque des discussions sur la CPN, la vaccination, l’utilisation des méthodes contraceptives ou les violences sexuelles qui perdurent dans les foyers et familles des musulmans. Je profite de leur réaction ou réponses pour creuser davantage leur point de vue sur les questions qui sont posées et profiter donner les vraies informations sur le thème discuté et à la fin je les encourage à changer leur vision ou leur compréhension sur les droits, les hadiths et le bonheur. Je suis Alfa (prêtre) dans mon quartier, Ce titre me permet de m’imposer quand certains jeunes essayent d’être récalcitrants. Certains jeunes dans leurs raisonnements veulent maintenir l’inégalité qui existe pour mieux exploiter les enfants, filles et les femmes ou s’imposer dans la prise de décisions. Notre explication ramène certains jeunes et hommes sur la bonne voie. Si chacun s’y mettait dans les discussions, la paire éducations, les sensibilisations lors des évènements sociétaux, beaucoup de normes et croyances néfastes en lien avec la religion seraient abandonnées. Si j’ai pu parler aux jeunes de dehors, c’est parce que je parle avec mes femmes et mes enfants à la maison. » Propos de Malam DAMA, Alfa à Adjengré.
Le projet SSR BMZ est venu aider à concrétiser les actions à mener au sein de la population musulmane afin d’engager les leaders musulmans à promouvoir les DSRR pour les femmes et filles. L’organisation des séances de sensibilisations par village et les discussions avec les leaders religieux dans le canton d’Adjengré a permis de distinguer monsieur Abdou Rahamane des autres de par sa motivation, sa participation active aux discussions de groupes sur la SSR, ses interventions et sa ferme résolution sur les questions liées aux droits SSR. Ce qui lui a permis d’engager des discussions sur la procréation responsable avec les autres Imams du milieu, bien que certains sont ses aînés, pour susciter un changement de mentalités.
COMMENT LE PROJET A-T-IL CHANGÉ LES ATTITUDES ET LA CONFIANCE EN SOI DE M. ABDOU RAHAMANE ?
L’organisation des séances de sensibilisations par village et les discussions avec les leaders religieux dans le canton d’Adjengré a permis de distinguer monsieur Abdou Rahamane des autres de par sa motivation, sa participation active aux discussions de groupes sur la SSR, ses interventions et sa ferme résolution sur les questions liées aux droits SSR. Ce qui lui a permis d’engager facilement des discussions sur la procréation responsable avec les autres Imams du milieu, bien que certains soient ses aînés, pour susciter un changement de mentalités.
Au cours de la présentation du document du plaidoyer par les femmes du réseau communal de Sotouboua 2, il était le représentant du président des Imams d’Adjengré à qui le document de plaidoyer a été présenté afin qu’une décision soit prise pour interdire le mariage des jeunes filles avant l’âge de 18 ans dans le canton. Lors de cette rencontre, il a été choqué par le témoignage d’une jeune musulmane qui a décrit le calvaire qu’elle subit depuis que son père l’a donné en mariage à 14 ans à un homme qu’elle n’aime pas. Au-delà de ce témoignage, les supplications de cette dernière à l’endroit des décideurs (une noblesse dont fait partie l’imam) sont de faire quelque chose pour permettre aux filles de décider avec qui et quand se marier avec la bénédiction des parents. Ce témoignage a touché profondément l’Imam et il a promis de contribuer à la résolution de ce problème en :
- Vulgarisant le document du plaidoyer signé par le président des chefs de cantons en plus de la décision qui sera prise à chaque Imam de la commune 2 de Sotouboua ;
- Sensibilisant les Imams, prêtres musulmans et les fidèles sur les droits SSR en lien avec les versets coraniques ;
- Insérant un thème lié aux droits SSR dans les sermons des Imams principaux à la prière de vendredi et sermonner les fidèles sur le respect des droits des filles/femmes ;
- Cultivant la notion de dénonciation dans les mosquées et maisons afin que quiconque puisse dénoncer les cas de mariage de moins de 18 ans.
A la sortie de cette rencontre, il a pu sensibiliser ses pairs en convainquant l’Imam principal d’introduire un thème SSR dans son sermon chaque mois afin de sortir les fidèles de la précarité. C’est dans cette logique que l’Imam principal a accepté prêcher sur la procréation responsable à la mosquée centrale d’Adjengré en présence de plus de trois cent fidèles le vendredi 3 février 2023.

TGO 100269, remise du document du plaidoyer des GE communal au représentant des Présidents des imams de la commune 2 de Sotouboua, le 26 décembre 2022 à Adjengré, PIIA Sokodé
Depuis lors, monsieur Abdou Rahamane ne cesse de se donner le plaisir de parler un peu partout dans sa communauté de la SSR, d’attirer l’attention des parents sur la discussion avec leurs enfants de leur objectif de vie, sur la sexualité, les violences et les méthodes contraceptives … Il a abandonné sa mauvaise perception des actions des ONG surtout sur le droit des enfants ; sa confiance en soi se sent dans son raisonnement quand il compare ce que le projet dit à ce que le coran avait prédit. Il rapporte ainsi son passé qui de nos jours n’est plus le même en ces termes : « Avant, j’encourageais les parents à donner une bonne correction et des punitions à leurs enfants avec le bâton quand on cause en adulte dans les « bases » (groupes d’intérêt où les débats sont menés entre les pairs), nous comparons notre génération à celle d’aujourd’hui. Nous critiquons les actions des ONG par rapport à la sexualité, à la reproduction, au droit car dans la logique de la religion, les filles doivent se marier vite pour avoir les enfants et bien s’occuper du mari. On se disait à quoi bon d’encourager les filles à retarder l’accouchement et qu’a l’âge de mariage, elles vont vieillir et ne pourront plus avoir beaucoup d’enfants. Mais avec l’appui du projet SSR-BMZ, on a acquis beaucoup de connaissances à travers l’outil RAPID qui nous ouvre les yeux sur la procréation responsable qu’on avait mal comprise surtout avec des références bibliques et coraniques en lien avec la parenté. Je remercie sincèrement l’animatrice du projet qui a su supporter nos caprices, nos hésitations, nos incompréhensions, nos fuites de responsabilité pour nous permettre d’acquérir de bonnes connaissances en DSSR et la vie de couple. Nous réalisons aujourd’hui grâce à ce projet que la clé d’une bonne éducation, c’est la discussion avec ses enfants en phase d’adolescence et de puberté. C’est ce que j’ai raté et ma fille ainée est tombée enceinte sur les bancs mais avec les renforcements de capacités sur divers projets, j’ai connu l’utilité de la fille et les autres filles ne sont plus tombées enceintes jusqu’à présent car je connais désormais les moyens de protection contre les IST et les grossesses non désirées. Une fois encore, merci pour tout ».

TGO 100 269, vue partielle des fidèles musulmans au prêche du vendredi 2023 à la mosquée principale d’Adjengré sur la procréation responsable, PIIA Sokodé
EN QUOI CELA A-T-IL CHANGE LA PERCEPTION DE LA FAMILLE DE M. ABDOU RAHAMANE ?
Dans la communauté d’Adjengré, il y a la persistance de la norme selon laquelle « on ne doit pas parler de la sexualité avec les enfants ». Ceci étant, il est inconcevable qu’un Imam parle de cela au cours du sermon. Cette mentalité est entretenue dans beaucoup de familles à Adjengré y compris celle de Monsieur ABDOU Rahamane.
Grâce au projet SSR-BMZ, la famille de l’Imam a compris l’importance des discussions sur la SSR avec les jeunes et adolescents. Il a aussi compris qu’il est nécessaire de promouvoir une procréation responsable en fournissant de bonnes informations à beaucoup de familles et leaders religieux et communautaires. Ainsi, La femme, les frères et sœurs de Abdou Rahamane ne le reconnaissent plus car il prêche sur les thèmes qu’on ne l’avait jamais entendu prêcher à la mosquée. Nous pensons que les formations auxquelles il participe l’ont transformé doublement : Premièrement, sa perception de la fille n’est plus la même qu’avant. Il ne blague pas avec l’éducation de ces quatre filles. Il discute souvent avec sa fille ainée qui a eu un enfant après le BAC de reprendre les bancs pour ne pas dépendre de son mari et souffrir comme les autres femmes car « l’autonomie est un droit qu’on ne mendie pas ». Avec les autres filles, il fait de son mieux pour qu’elles aient le nécessaire pour ne pas se livrer aux hommes qui vont se pointer. Il est convaincu que c’est la fuite de responsabilité et le manque de soutien des parents qui font que les filles ne s’efforcent pas à persévérer à moindre faux pas. Cette préoccupation pour la réussite de la fille en général se fait ressentir dans ses prêches. Il dit ; éduquer une fille, c’est éduquer toute une nation.
Deuxièmement, il est occupé à faire des recherches sur les versets coraniques liés aux thèmes de santé sexuelle et reproductive, droits des femmes/filles et des enfants en référence avec la parenté et l’éducation pour apporter des preuves aux questionnement des fidèles et des amis. Certains dimanches soirs, il organise des discussions en famille sur la SSR en présence de sa femme et ses filles et toutes les questions sont permises et les réponses sont obligatoires. Ces causeries améliorent les connaissances, la confiance et l’estime en soi de ses filles comme le témoigne sa benjamine « Papa n’est plus la même personne que j’ai connu cinq ans auparavant. Maintenant, il est gentil et nous écoute beaucoup. Il nous dit que nous sommes son espoir et croit en nous car nous allons lui rendre heureux plus tard. Je lui pose des questions personnelles et des rumeurs que j’apprends sur la SSR et il ne m’a jamais ramassé comme certains parents le font avec leur enfant, il me répond et me dit toujours je vais encore demander et savoir si ma réponse est bonne ».
Ce projet est important pour monsieur Abdou Rahamane et sa famille parce qu’il leur a permis de disposer de bonnes informations sur la santé sexuelle et reproductive des jeunes et des adolescents et aussi de percevoir les conséquences qui risquent d’engendrer de gros problèmes sociaux si la procréation n’est plus responsable. A présent, les mécanismes de dénonciations des cas de violences sont connus, la transformation des normes et croyances négatives se poursuivent dans les villages et communautés d’Adjengré. A travers ces nouvelles connaissances, ils vivent mieux leur vie sexuelle. Aujourd’hui, la famille de monsieur Abdou Rahamane est très contente car ils sont cités à Adjengré comme model, un exemple en ce qui concerne l’harmonie au sein du foyer et la responsabilité des parents dans l’éducation des enfants. « Je suis heureuse aux côtés de mon mari Rahamane et je remercie Dieu pour sa vie et la mienne. Nous causons beaucoup de nous après chaque dîner depuis un certain moment, de l’avenir de nos enfants parfois avec eux, chose qu’auparavant on accordait moins d’importance. Mon mari prend soins de nos enfants surtout de nos filles car il dit qu’il ne voudrait pas qu’elles aillent chez les garçons pour des besoins élémentaires qu’il peut pour le moment leur satisfaire. Il dit chaque jour qu’il ne voudrait pas que ses filles ratent l’éducation de base et qu’elles deviennent plus tard des charges pour leur mari ». Souvent, je lui dis qu’il risque de les gâter en voulant leur donner tout ce qu’elles lui demandent. Et au lieu qu’elles soient humbles, qu’elles deviennent insupportables dans leur foyer. Je lui recommande parfois de les laisser se débrouiller un peu avec les AGR pendant les weekends mais il me dit qu’il ne voudrait pas pour rien du tout qu’une de ses filles soit violentée car c’est au cours de ces AGR que les garçons baratinent les filles et comme je les aime, je ferais des efforts pour qu’elles finissent leur étude avant de penser aux AGR ; parfois, en prenant gout à l’argent, on risque d’abandonner les classes. Je pense qu’il a parfois raison et quand il décide de faire quelque chose pour notre bien-être, je l’accompagne. Même si nous ne sommes pas riches, l’affection que ce mari a pour nous me suffit largement ».a confié l’épouse de l’imam Abdou Rahamane.
À QUOI RESSEMBLERAIT LEUR VIE S’ILS N’ÉTAIENT PAS IMPLIQUÉS DANS CE PROJET?
Sans le projet SSR-BMZ, les populations du village de Poupouni croiraient toujours que la mortalité des enfants et des mères proviendrait de Dieu et que la non satisfaction des besoins humains est une affaire de l’Etat. Ils croiraient aussi que l’adoption des méthodes contraceptives est un moyen pour réduire la fécondité chez les femmes/filles et les hommes en âge de procréer donc contraire aux écrits coraniques. De la même manière, ils croiront que parler de la sexualité aux jeunes et adolescents, c’est les amener à tester précocement leur fécondité. A cet effet, les violences basées sur le genre seraient de plus en plus observées dans les familles. La condition et la position de la femme ne serait pas favorable à la jouissance de ses droits humains. Aucun plaidoyer ne serait élaboré pour interdire les cas de mariages précoces et forcés. Les jeunes et adolescents seraient plus exposés aux mariages précoces et forcés, infections sexuellement transmissibles, au VIH et à d’autres pathologies. Moi aussi, je serais resté dans la précarité de mes connaissances et croirais que les normes néfastes à la jouissance des droits SSR, les violences de toutes natures sont bonnes pour l’éducation de nos enfants. Peut-être que je serais contre les sensibilisations et les causeries éducatives sur la SSR.
QUELQUES TÉMOIGNAGES ILLUSTRATIFS DES ACTEURS.
« Nous vous remercions pour tout ce que vous faites pour nos communautés. Avant, on avait des idées erronées sur la procréation et l’adoption des méthodes contraceptives et cela engendre des problèmes que nous n’arrivons pas à résoudre. Mais depuis que nous avons commencé par être sensibilisés dans les mosquées et à discuter avec nos pairs sur ces idées erronées, ça commence par changer. Chaque parent sait qu’il ne peut rien faire pour empêcher sa fille d’aller chez un garçon ou son garçon d’aller chez une fille, donc la seule chose qui reste à faire, c’est de les aider à se protéger en adoptant les méthodes contraceptives et en même temps cela empêche d’avoir des grossesses non désirées et les maladies. C’est très important ce que vous faites, vous nous ouvrez les yeux et il est de notre devoir d’accepter mettre en application les nouvelles connaissances apprises puis de tenir ferme notre engagement pris devant Dieu et les hommes de chercher le bonheur de nos familles. Je vous remercie ». Madame Fatimatou ABOUBAKARI, 46 ans, membre de GE à Poupouni, canton d’Adjengré.
SOULEYMAN Adjara, jeune femme de 33 ans, revendeuse à Poupouni, Adjengré déclare : « Quand il y a problème dans nos familles, communautés, nous disons que c’est la volonté de Dieu. Nous nous encourageons à avoir une abondance inutile sinon à quoi sert d’avoir beaucoup d’enfants si nous n’arrivons pas à prendre soins d’eux ? C’est cette abondance inutile qui fait que les parents se débarrassent de leur fille précocement pour pouvoir être supportées par les gendres ou par leur propre fille. Cette situation est pitoyable mais personne n’en dit mot. Or il est dit dans le saint Coran que « vous êtes tous des bergers et vous êtes tous responsables de l’objet de votre garde …, l’homme est le berger de sa famille, il lui en sera demandé compte…Rapporté par les Hadiths Al Boukhâry et Mouslim. Dans un des versets de Al Boukhâry, il est aussi dit de « laisser ceux qui vous héritent riches que de les laisser dans le besoin, mendiant la charité auprès des gens ». Ces deux versets sont connus des fidèles musulmans mais ils sont plus préoccupés par autres choses que la parole de Dieu sur la parenté. Nous nous cachons derrière les versets mal interprétés du Coran et nous laissons le mal se perpétuer de génération en génération. Quand l’on veut parler pour que les choses s’améliorent, les gens trouvent que la vie de quelqu’un n’est pas les oignons d’autrui. Si bien qu’on se ressaisit et on regarde le monde avancer. Mais, depuis décembre 2022, l’imam Rahamane a commencé par attirer notre attention sur notre attitude, nos comportements et pensées envers le sexe féminin et nous sensibilise à changer afin de permettre à la fille de jouir de ses droits avec notre soutien. Je pensais avant que mon corps appartient à mon mari et il reste le seul à avoir droit sur mon corps, je ne savais pas que je me faisais du tort en le pensant ainsi et je perpétuais cette mauvaise connaissance à mes enfants et aux autres femmes de mon village. Grâce aux sensibilisations dans les groupes d’épargne appuyées des prêches de l’iman, j’ai commencé à comprendre ce que les ONG attendent de nous. Toutes les femmes doivent savoir que leur corps leur appartienne et elles ont le droit de refuser ou d’accepter qu’on touche à leur corps qu’avec ou sans leur consentement. Je remercie Dieu pour la vie de l’imam et de ceux qui le renforcent.
Rédigé par BAGNAN Félicité, Animatrice SSR BMZ à ADESCO, Sotouboua, Février 2023